O vos omnes


O vos omnes

chants sacrés dans l’Italie de tradition orale

La basilique se remplit. Les ors, les marbres, les fresques et les mosaïques résonnent des voix des chanteurs: des solistes ou des chœurs se dressent parmi la foule. Les sons ricochent, ceux des musiques et bruits des convois de statues, des objets de la passion : chaînes, fers et bois. Ils sont relayés par une acoustique qui ne demande qu’à être habitée par cette vie-là. La procession s’arrête avant de repartir, la foule est au rendez-vous. Le rite a lieu, rite paraliturgique et aux racines païennes, mystère médiéval ou tragédie d’aujourd’hui… Le théâtre de la religion exprime le festoiement de ses couleurs, la banda (la fanfare) attend à la porte pour reprendre son répertoire en marchant: nous sommes sans aucun doute dans un village d’Italie du sud…

En Italie la musique sacrée de tradition orale est empreinte de polyhponies anciennes et d’une expression baroque de la religiosité. De la Sicile à l’Ombrie en passant par Naples et le Latium, et en remontant jusqu’en Ligurie, les répertoires bien vivants des chants des confréries et des porteurs et porteuses de cette mémoire antique, se répartissent le long de la péninsule, si forts et émouvants que l’envie de chanter nous tient nous aussi.

Des chants aux harmonies uniques, dues à l’union des différents timbres des voix, colorées, aux sons souvent non-tempérés, où l’on retrouve la trace des premières polyphonies de la musique ancienne et celle du madrigal ; des sons témoins de cultures qui se croisent, celle de l’écrit et celle de l’oral en premier lieu. D’un chant traditionnel de la passion de la Campanie se rapproche l’écriture d’un Monteverdi ou d’un Gesulado : « O vos omnes », ô vous tous qui passez par sur ce chemin!, clame Jérémie dans ses Lamentations – les mêmes que chantent les pêcheurs d’un petit village du Gargano, le promontoire des Pouilles. Ce programme restitue le lien au sacré populaire dans son expression très incarnée et bien italienne de la polyphonie.

Ce répertoire est le fruit d’un collectage sur le terrain de nombreuses années aux côtés de Giovanna Marini, grande dame de la musique italienne, et fruit aussi de recherches d’archives sonores ; le Quartetto Urbano le pratique comme autant de morceaux d’histoires des gens et des lieux rencontrés et sait le faire dialoguer avec la musique écrite, ancienne ou contemporaine.

Le Quartetto Urbano habite l’espace du concert, fait résonner le lieu de ses voix et emmène le public dans un voyage sonore à travers l’Italie, populaire car appartenant à tous, riche de langues, de diversités, d’Histoire et de cultures entremêlées.